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#4 Objet du mois d’avril 2018

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Drôle d’objet que cette chope du 16e siècle conservée au musée du Noyonnais !

Découverte lors de la fouille de l’hôtel du Cèdre, cette petite chope en céramique de grès émaillée du 16e siècle, produite dans un atelier germanique, constitue un objet relativement exotique à Noyon.

Au XVIe siècle dans le royaume de France, la bière se boit habituellement dans des « pots » à bières en bois, en étain ou en terre cuite. La chope, avec sa forme caractéristique plus ou moins allongée, semble être une invention du monde germanique en réaction à une épidémie de peste au 14e siècle : les pots à bières sont alors pourvu d’un couvercle comme l’ensemble des récipients alimentaires. La chope de Noyon est ainsi un exemple précoce de la diffusion de ce récipient dans une terre cuite grésée et émaillée typique d’un atelier germanique.

En la regardant de près, vous pourrez observer un motif décoratif très répandu dans l’iconographie chrétienne médiévale : l’arbre de Jessé. Cette scène est depuis le XIIe siècle représentée aussi bien sur des vitraux, comme dans les cathédrales de Chartres et de Bourges, que sur des sculptures monumentales (comme aux cathédrales de Senlis, de Beauvais, ou à l’hospice Saint-Roch d’Issoudun, dans l’Indre), ou encore sur des enluminures ou des tapisseries.

Il s’agit d’une représentation symbolique et synthétique de l’arbre généalogique de Jésus, le reliant à Jessé, père du roi David, et matérialisant un lien essentiel pour les fondements du christianisme entre l’Ancien et le Nouveau Testament. La promesse messianique faite à Jessé par le prophète Isaïe se reporte ainsi de David, roi d’Israël, à Jésus de Nazareth et se déploie métaphoriquement sur les branches de l’arbre.

Sur la chope de Noyon, Jessé, allongé, est la souche de l’arbre dont les branches feuillues s’étendent de part et d’autre le long du récipient. Sur ces branches, sont figurées des représentations stéréotypées de rois, portant sceptre et couronne, à l’exception du premier qui figure le roi d’Israël musicien et auteur des Psaumes : David, tenant sa harpe.

En haut, l’arbre ouvre sur la figure de la Vierge portant l’enfant Jésus. « Or un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton poussera de ses racines…qui se dressera comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront et la gloire sera sa demeure », Isaïe 11, 1-8.

Au-delà de cette symbolique chrétienne, la représentation figurée d’un arbre généalogique tend à rappeler une notion clef pour la société médiévale : la succession par le lignage. Ce motif de l’arbre généalogique s’impose d’ailleurs au Moyen Âge auprès de la noblesse comme le mode de représentation de l’ascendance familiale. Il n’est donc pas étonnant que ce thème remporte un franc succès auprès de la noblesse et de la bourgeoisie.

Evoqué ainsi sur une chope, objet du quotidien mais aussi objet mondain, il pourrait être un rappel subtil du lignage prestigieux du propriétaire de l’objet ainsi que de son statut social.

Santé !