Parc d’activité de Noyon-Passel

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La route nationale 32 voit passer chaque jour des milliers d’usagers venus de tout le Noyonnais et de bien plus loin. A l’été 2007, ces usagers n’ont pas manqué de remarquer l’ouverture d’un immense chantier de 5000m2 au nord de la zone d’activité de Noyon-Passel et au sud du Mont Renaud et de la Divette. De nombreux articles de presse ont tenté d’expliquer ce qui arrivait mais il est bon de faire un point sur ces recherches maintenant que le site archéologique a complètement été recouvert.

Des fouilles avant un projet économique important

La ZAC de Noyon-Passel s’agrandit à la fois au nord et au sud des bâtiments déjà en place. De nombreuses entreprises vont s’y installer et c’est une bonne nouvelle pour le bassin d’emploi noyonnais. Il faut notamment souligner l’arrivée de l’entreprise Kohler qui a racheté l’ancien Delafond et qui construit actuellement une vaste plateforme logistique. C’est ce qui a motivé la réalisation de fouilles archéologiques cet été car des vestiges du Moyen Age avaient été repérés sur cette parcelle. La fouille a été conduite par le service archéologique de la Ville de Noyon et financée par la Communauté de Communes du Pays Noyonnais. Une équipe de 5 puis de 6 fouilleurs a travaillé pendant 2 mois et demi, en dépit des innombrables intempéries de cet été capricieux, pour mettre au jour une occupation rurale qui a perduré du Haut Moyen Age (VIe siècle environ) à la fin du XVe siècle.

L’archéologie médiévale en milieu rural : petite explication

Les sites ruraux du Moyen Age : une empreinte en négatif de la réalité passée
Les sites archéologiques de cette époques ne sont pas faciles à comprendre pour le public : pas de mur en pierre, pas de mosaïque ni de trésor. Les installations rurales du Moyen Age sont faites en matériaux périssables, notamment en bois et torchis et ont totalement disparu, ne laissant que des empreintes en négatif. Ce sont d’abord des trous de poteaux qui permettaient de caler les poteaux en bois des maisons, des ateliers ou des greniers. Parfois on trouve des traces de terre brûlée qui atteste la présence d’un foyer. Ce sont aussi des fossés comblés, souvent curés au cours du temps, donc agrandis et modifiés, qui permettaient de délimiter des enclos ou de drainer le terrain, parfois accompagnés d’une palissade et d’un talus. Ce sont enfin des fosses de nature diverse : fosses d’extraction de limon ou d’argile, puits, fosses artisanales pour la macération, fosses de conservation des denrées (silos ou celliers), caves, fours pour le pain, la céramique ou les métaux et bien sûr des sépultures avec leur squelette etc.

Comprendre le site grâce aux structures et au mobilier
Tous ces négatifs ont été rebouchés à leur abandon, parfois lentement, par accumulation de la terre, parfois plus rapidement par l’action des hommes. Mais ils servent presque toujours de dépotoir à leur abandon et sont donc aussi remplis d’objets (appelés par les archéologues « mobilier »). Ce sont donc les poubelles médiévales : tessons (morceaux) de céramique, os, graines, objets de métal, de cuir ou de bois divers. C’est avec ces derniers et grâce à la forme des « trous » que les archéologues tentent de comprendre quelle était la fonction de chaque structure permettant ainsi de comprendre quelles activités les hommes pratiquaient : activité agricole (quelles plantes cultivait-on ?), activités artisanales (fabrication de céramique, forge, tannerie etc.) ou domestiques (cuisson du pain, tissage). On peut en outre réussir à dater ces structures : une fosse creusée à la fin du XIe siècle et abandonnée au XIIe siècle sera remplie de mobilier du XIIe siècle que nous savons reconnaître.

Le site de Passel : une installation rurale au Moyen Age (VIe-XVe s.)

A Passel, nous avons mis au jour des fossés, des trous de poteaux (donc d’anciens bâtiments en bois et torchis), des fosses, des silos, un puits, un mur et un squelette. Le mobilier et les structures nous indiquent que l’occupation était sans doute de nature exclusivement agricole. Aucune trace d’artisanat n’a été trouvée. Il s’agissait d’une petite installation humaine s’étendant du début du Moyen Age (époque mérovingienne sans doute, VIe siècle) à la fin du Moyen Age (XVe siècle). Nous avons découpé l’histoire du site en 5 phases pour comprendre ce qui s’est passé. On remarque que le site se déplace au cours du temps : il va de plus en plus vers le sud comme si la partie nord était de moins en moins habitable, sans doute à cause de la présence de la Divette qui rend peu à peu le terrain marécageux. D’ailleurs, après le XVe siècle, le site est abandonné et se réduit à des marais ou des pâtures.

Phase 1 : fréquentation aux époques mérovingienne et carolingienne (VIe-Xe)
A cette époque il n’y a pas d’installation durable sur le site. Les hommes n’y habitent pas et n’y pratiquent que peu d’activités. Ils viennent surtout sur les lieux pour utiliser un ancien chenal de la Divette : ils ont aménagé le rivage pour permettre à leurs animaux et à eux-mêmes d’aborder l’eau. Pas de ponton ni de quai, mais juste des pierres qui assainissent les abords.
C’est peut-être à cette époque qu’est enterrée la personne dont nous avons retrouvé le squelette. Il a hélas été recoupé au XIe siècle par un fossé et il manque donc le crâne et le haut du torse. Il était correctement enterré, la tête à l’ouest comme un chrétien et allongé sur le dos. Les études à venir nous apprendront peut-être le sexe, l’âge et la raison de la mort de cette personne isolée. Il n’était accompagné d’aucun objet, ce qui nous indique qu’il ne vivait sans doute pas à l’époque mérovingienne (Ve-VIIe s.).


Phase 2 : une installation pérenne (Xe-XIe)
A partir du Xe siècle, les hommes s’installent de manière définitive. Les espaces sont structurés par deux enclos : l’un circulaire, l’autre rectangulaire avec des entrées aux coins. Les fossés servent de limite parcellaire et de drainage. Ils sont associés à des bâtiments en bois et torchis mais on ne connaît pas bien la fonction de chacun. De larges fosses d’où on a extrait argile et limon ont aussi été mises au jour. A leur abandon, elles ont été remplies par de grandes quantités de torchis et de terre « rubéfiés » (brûlés, rouges et noires) sans que l’on ne sache pourquoi ni d’où venait cette terre car il n’y a pas de trace d’incendie sur le site.
Fosse d’extraction remplie de torchis rubéfié

La céramique trouvée pour cette période montre qu’elle est d’origine locale. Les hommes de cette époque étaient sans doute des agriculteurs, mais on ne sait pas s’ils pratiquaient d’autres activités.


Phase 3 : des fosses des XIIe-XIIIe siècles avec des matériaux organiques très bien conservés
En attendant les études plus précises, nous ne pouvons pas encore savoir à quoi ressemblait l’occupation de cette époque mais plusieurs fosses datent de cette phase.

Les trois plus importantes sont un puits, une fosse profonde et circulaire et une fosse plus évasée. Le puits a été interprété comme tel car on a retrouvé des structures similaires sur d’autres sites. Il n’était pas parementé de pierres mais de « clayonnage », c’est-à-dire de bois tressé (probablement du noisetier) qui permettait d’éviter au bord de s’effondrer. Une partie de ce clayonnage était encore conservé grâce au fait qu’il est resté dans l’eau depuis le Moyen Age : l’eau permet au bois de se conserver en l’imprégnant ; il ne sèche pas et dans un milieu aquatique, le processus de pourrissement du bois ne peut pas avoir lieu.

Le remplissage du puits, après son abandon, témoigne qu’il a servi de dépotoir : on y retrouve de la céramique, des os, des graines et des noyaux. Des spécialistes vont analyser ces ordures ménagères médiévales afin de savoir ce que les hommes cultivaient et mangeaient à cette époque et afin de connaître le paysage dans lequel ils évoluaient. Nous procéderont de la même manière pour les 2 autres fosses : l’une est peut-être une latrine (des toilettes) et l’autre une fosse qui servait à conserver des denrées alimentaires. Cette dernière est aussi munie d’un clayonnage, mais cette fois-ci il semble que les pieux soient en chêne et leur état de conservation est remarquable. Pour les archéologues tout ce bois représente un véritable trésor parce qu’il est très rare d’en retrouver autant et dans un aussi bon état.

La céramique de ces trois fosses a parfois été découverte en entier et on a pu observer qu’elle provenait en partie d’un atelier de potiers de Pont-l’Evêque fouillé il y a quelques années par le service archéologique de Noyon. Il s’agit essentiellement de grandes cruches et de « oules » : des grands pots globulaires destinés à conserver et à cuire les aliments, l’ancêtre de nos boîtes de conserve, tupperwares ou de nos casseroles.
Le puits servant de dépotoir avec une cruche entière qui était remplie de graines brûlées

Phase 4 : des fosses mystérieuses (XIIIe-XIVe s.)
A partir du XIVe siècle, les occupations se déplacent vers le sud : la partie nord du site est sans doute devenue inhospitalière car marécageuse. Les structures qui se rattachent à cette époque sont essentiellement de larges fosses peu profondes et très évasées qui font penser à de grands baquets. Pour le moment nous ne savons pas s’il s’agissait de fosses de stockage ou de fosses artisanales. A cette époque, la céramique est plus variée et certaines sont « glaçurées » : elles sont couvertes d’un vernis, souvent de couleur verte, qui permet de les rendre étanches.

Phase 5 : une ferme isolée (XIVe-XVe s.) ?
Le site est maintenant confiné au sud-ouest, proche de la route. Il ne reste que quelques structures. Tout d’abord un grand silo entouré de 6 poteaux qui devaient soutenir un bâtiment ou au moins un toit pour abriter le silo. On ne sait pas quelles céréales ou autres denrées y étaient gardées, mais ce silo a lui aussi servi de poubelle une fois abandonné et outre des pots de céramiques, on y a retrouvé des objets en métal dont une lame de couteau.
Le silo au centre et les 6 trous de poteau

De la même époque, datent quelques murs très fragmentés et un drain, tous construits en gros blocs de calcaire local bien équarris. Associé à ces éléments, de nombreuses tuiles plates ont été mises au jour. C’en est donc fini des bâtiments en bois et torchis : à la fin du Moyen Age, les constructions en pierre et en tuile les ont remplacés. Mais il semble qu’il n’y ai qu’un seul bâtiment isolé juste avant l’abandon total du site au XVIe siècle.

Le drain du bâtiment en pierre

Ce site intéresse ainsi beaucoup les archéologues parce que les installations rurales du Moyen Age sont souvent mal connues par rapport aux villes et aux abbayes. En outre, il s’agit d’un site occupé pendant tout le Moyen Age et dont les terres appartenaient très certainement à la Chartreuse du Mont Renaud.

Il faut maintenant attendre les résultats de toutes les études pour définir avec plus de précision la nature et la fonction des fosses, la nature des activités humaines à chaque époque et le type d’environnement qui y était associé. Ce sont les études de la céramique (céramologie), des métaux, des graines (carpologie), des pollens (palynologie), des os (zoologie), des arêtes de poisson (ichtyologie), des bois (xylologie) et des sédiments (sédimentologie). En effet, les recherches archéologiques ne se terminent pas avec la fin du chantier, mais se poursuivent pour de longs mois dans les laboratoires et les bureaux.