Rue Corbault et chevet de la cathédrale

Le projet appelé « pôle patrimonial », avait pour objectif la remise en valeur des abords de la cathédrale et de son quartier, épiscopal et canonial. En 2006, la 5e phase de ce projet a touché en particulier la rénovation de la rue Corbault, au nord du cloître, et l’espace situé derrière le chevet de la cathédrale.
 

La surveillance s’est ainsi révélée très riche en information. Il a d’abord été possible de mettre au jour le rempart gallo-romain et ainsi de placer précisément son tracé au nord de la cathédrale alors que jusqu’ici son tracé n’était qu’hypothétique. En outre, l’existence du cimetière a été confirmée et un certains nombres de sépultures ont été observées et étudiées.

Les travaux consistaient à réaménager les surfaces de voirie et les espaces de jardins ainsi qu’en des travaux de réseaux : évacuation des eaux pluviales et mise en place des installations souterraines pour un futur éclairage. Le projet n’a pas donné lieu à une prescription de diagnostic ou de fouille archéologique en raison de la surface limitée des terrassements, mais la grande sensibilité du terrain a justifié une surveillance assidue des travaux. En effet, la parcelle se situe au cœur de la ville antique et médiévale. Les tranchées devaient être creusées d’une part dans la rue Corbault, sous laquelle il était possible de trouver un tronçon du rempart gallo-romain et d’autre part derrière le chevet de la cathédrale où un cimetière est attesté pour du Moyen Age au XVIIIe siècle.

Le rempart sous la rue Corbault

Il n’est pas discutable qu’il s’agisse du rempart gallo-romain, la robustesse de la structure en fait foi. Côté est, on distingue très nettement de larges blocs de grès orangé qui peuvent correspondre aux fondations de forts libages observés ailleurs. Le parement ouest n’a pas été repéré, mais le blocage de pierres noyées dans du mortier semble atteindre plus de 3 m de large. A ce niveau, un empierrement continue le niveau du rempart, et correspond sans aucun doute à un état antérieur, plus bas de 0.5 m de la voirie actuelle. Les pierres sont en grès orangé, de formes et tailles irrégulières, mais l’empierrement est bien construit, reposant sur un substrat de type mortier, en calcaire blanc.

L’épaisseur du rempart n’est pas connue et les affirmations de Moët, qui lui donne jusqu’à 8 m de large, semblent quelque peu fantaisistes. Cependant, au niveau de la rue Corbault, il est possible que nous ayons à faire à une tour ou plutôt à une porte, ce qui expliquerait l’épaisseur de la structure mise au jour. L’arche de la rue Corbault, qui existait au Moyen Age, reprendrait ainsi une porte plus ancienne et les constructeurs auraient profité de la présence de la muraille pour asseoir solidement l’arche (la rue s’appelait autrefois, rue de la porte Corbault ).

Le rempart a été relevé en plan au 1/100e pour le faire correspondre au plan de l’architecte qui avait placé le rempart plus à l’est.

Le rempart a été immédiatement rebouché. Il s’avère impossible de faire passer les eaux pluviales en raison du rempart. Percer ce dernier est patrimonialement et techniquement inconcevable.

Le rempart sous la cathédrale et le cloître

L’intérêt de la connaissance du tracé au nord de la cathédrale repose en outre dans la déduction que l’on peut opérer concernant son tracé sous la cathédrale : il apparaît en effet que la muraille passe en biais dans le transept, selon une ligne sud-est / nord-ouest. L’hypothèse selon laquelle le rempart passe sous le chœur de la cathédrale ou sous le mur des salles est du cloître ne peut plus être retenue. On a pu corriger sur les plans le tracé grâce à la déouverte du rempart rue Corbault. Les relevés réalisés en 1998 et 1999 dans les caves avoisinantes à l’occasion de la maîtrise citée plus haut ont permis de voir l’ensemble du tracé grâce à tous les éléments visibles. Des interrogations subsistent néanmoins concernant le tracé du rempart sous la cathédrale, sachant qu’on ne sait pas si le rempart effectue une ligne droite, une courbe ou des coudes et qu’on ne peut pas non plus exclure la présence d’une tour. Ce tracé pourrait ainsi expliquer la courbure de l’aile orientale du cloître qui n’est pas disposée orthogonalement par rapport aux ailes sud et nord. Le rempart a pu être aussi bien une contrainte lors de l’élévation de ces bâtiments qu’un support solide pour leurs fondations.

Ainsi, grâces aux nombreuses observations de terrain, c’est l’ensemble de la muraille qui peut être suivie presque entièrement.

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le rempart sous la cathédrale d’après les observations faites en 2006 et 2007
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Synthèse des connaissances concernant le tracé du rempart gallo-romain en 2007

Le cimetière de l’âtre Notre-Dame

Au cours de cette brève étude, on a en outre pu constater que le cimetière de l’Atre Notre-Dame, comme la plupart des cimetières médiévaux et modernes, était organisé autour et en fonction de la cathédrale. Les orientations sont significatives : la tête des défunts est systématiquement placée vers la cathédrale et non le regard face à celle-ci, ce qui peut être le cas. Dans le cas de Noyon, la tête du défunt devait être placée au plus près du sanctuaire, à défaut d’être inhumer directement ad sanctos. Une certaine gestion de l’espace est aussi à souligner avec certainement un alignement des sépultures et une réutilisation de l’espace grâce aux réductions pratiquées, pour au moins l’une d’entre elles, avec soin dans un coffre en bois cloué. Quant aux contenants funéraires, nous avons pu voir, malgré le faible nombre d’exemples, qu’ils étaient variés : cercueils, coffrages de bois, coffrages de pierres ou de dalles anthropomorphes mais aussi de simples sépultures en pleine terre. Cependant, au cours des travaux, aucun sarcophage ne fut détecté. Peut-être est-ce là l’œuvre du simple hasard.

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pot à encens

Le dépôt funéraire, bien que très ténu, est aussi à souligner. Le pot à encens complet, contenant du charbon et rattaché à une sépulture masculine en pleine terre, apporte un intérêt pour comprendre quelle pouvait être l’importance du personnage au sein d’un groupe (familial, social…). Nous ne pouvons toutefois tirer de conclusions précises à ce sujet.

L’état sanitaire de cet échantillon de population est moyen. L’usure dentaire constatée à Noyon présente les caractéristiques habituelles des populations préindustrielles. Des cas de pathologie dégénérative au niveau du rachis sont intéressants mais ne sont pas liés à un état sanitaire particulier. Enfin certaines fractures n’étaient pas réduites, ce qui peut refléter un manque de soin des blessés. Les éléments (mobilier et contenants funéraires) nous apportent des fourchettes de datation. Elles restent hélas larges : du Xe au XVIIIe siècle ? Pour cette deuxième borne, c’est une pierre tombale inscrite en français retrouvée sur place qui en est l’indice. La principale utilisation de ce cimetière s’est ainsi faite au cours du Moyen Âge voire de l’époque Moderne.

 
 
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